Pourquoi la start-up nation israélienne garde plusieurs longueurs d’avance sur la French Tech
CHRONIQUE - Derrière les succès de la start-up nation israélienne se cache une agence publique qui finance les technologies les plus risquées et façonne l’un des écosystèmes les plus performants au monde.

Jamais le secteur israélien de la tech ne s’est aussi bien porté. L’an dernier, les fusions-acquisitions ont dépassé 80 milliards de dollars, environ six fois le montant enregistré en 2024 et près de quatre fois le précédent record de 2017. Cette performance est certes largement alimentée par deux opérations majeures dans le domaine de la cybersécurité : l’acquisition de Wiz par Google et celle de CyberArk par Palo Alto Networks, pour un total de 57 milliards de dollars.
Mais un autre chiffre confirme l’insolente réussite du pays dans le domaine des nouvelles technologies : l’an dernier, les start-up y ont levé plus de 15 milliards de dollars, deux fois plus que les pépites françaises. A la différence de l’Hexagone, le secteur de la tech est devenu vital pour Israël, véritable moteur de l’économie, représentant environ 20 % du PIB, 15 % des emplois et plus de 50 % des exportations.
En Israël, la cybersécurité tire toujours l’économie du pays
Et ce rôle prédominant s’est encore renforcé avec la radicalisation d’une partie de la classe politique empêtrée dans un engrenage guerrier dévastateur. Sans la tech, c’est tout le pays qui s’effondre. Et au cœur de ce modèle se trouve l’Autorité israélienne de l’innovation, érigée en outil de croissance économique. Un instrument unique au monde, qui explique pourquoi cet écosystème gardera toujours plusieurs longueurs d’avance sur notre glorieuse French Tech.
Son but : investir dans les secteurs les plus à risque où l’argent n’arrive pas. « Si notre taux de réussite est trop élevé, c’est que nous n’avons pas investi correctement », plaisante son directeur général Dror Bin, vétéran du secteur de la tech. L’Autorité dispose d’environ 700 millions de dollars par an qu’elle investit aux premiers stades de l’amorçage dans les jeunes pousses, mais aussi dans l’infrastructure qui forme l’écosystème (incubateurs, accélérateurs…). Elle ne prend aucune participation et la start-up ne rend l’argent qu’en cas de réussite.
Les fonds viennent entièrement de l’Etat, mais l’Autorité fonctionne en totale autonomie et son directeur est nommé par des administrateurs indépendants. Sa seule vocation doit être de développer l’économie. Quel que soit le prix à payer.
Après les attaques du 7 octobre 2023, elle a injecté 100 millions de dollars supplémentaires pour soutenir l’écosystème, et quelque 250 très jeunes start-up ont ainsi pu être sauvées au terme d’un processus rigoureux de due diligence impliquant plus de 800 entreprises. Ce matelas de protection est indispensable pour sécuriser des start-up plus fragiles que d’autres.
La start-up nation israélienne n’a pas attendu Benyamin Netanyahou
Il y a dix ans, il était très risqué d’investir dans l’univers de la cybersécurité. Aujourd’hui, ces start-up se vendent à prix d’or à des géants de la tech américaine. Il y a six ans, les jeunes pousses de la foodtech peinaient à se financer. Elles sont à présent les plus à la pointe et les mieux valorisées au monde, à l’instar de Tastewise ou Aleph Farms. Dror Bin regarde à présent vers l’énergie, les semi-conducteurs, les minéraux critiques, la bioconvergence… En investissant comme si la survie de la nation en dépendait.