Gibraltar rejoint Schengen : comment le Brexit a fini par rapprocher l’enclave britannique de l’Espagne
Grâce à un accord mêlant fiscalité, sécurité et social, l’enclave britannique de Gibraltar intègre l’espace Schengen ce 15 juillet. Une victoire pour la population locale.

Fini, les contrôles et les files d’attente interminables. Le 15 juillet, la barrière de la frontière disparaît entre Gibraltar et l’Espagne. Le Brexit aura eu une conséquence inattendue : forcer le rapprochement entre l’enclave britannique et son voisin andalou. Ironie du sort, au lieu de les séparer, il les a unis, avec la signature entre Londres et Bruxelles d’un accord de libre circulation qui marque l’entrée du petit territoire dans l’espace Schengen.
Du côté du « Rocher », on pousse un soupir de soulagement. Dernier détail post-Brexit à régler, ce pacte, à contre-courant des vagues identitaires traversant l’Europe, a pu être bouclé grâce à la ténacité des populations locales. Pour aligner Gibraltar sur les exigences fiscales de Bruxelles, une toute nouvelle transaction tax a été créée pour cet éperon rocheux de 6,8 kilomètres carrés, qui a vécu jusqu’ici sans TVA.
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Mais il fallait aussi résoudre la question de la Sécurité sociale et des retraites des frontaliers, et accepter qu’être dans Schengen implique la présence de douaniers et policiers espagnols, avec Frontex à l’aéroport. Tout un monde pour le Rocher, si passionnément britannique.
« Il faudra beaucoup de pédagogie pour expliquer que nous y gagnons tous », confie le président de la chambre de commerce de Gibraltar, John Isola, à la tête de la compagnie Anglo Hispano, spécialisée dans l’import-export de vins et spiritueux. Il fait partie de la petite bande du cross-border group, une alliance entre entrepreneurs, syndicalistes et élus locaux des deux bords, lancée en 2013, bien avant le vote du Brexit.
L’objectif ? Réaliser un lobbying tenace à Londres, Bruxelles ou Madrid pour en finir avec les vieilles querelles historiques et le zèle épuisant des douaniers. Le plus important est de faire valoir « les liens économiques et émotionnels » entre les populations, dit John Isola.
Ces intérêts communs sont ceux des 38 000 résidents de Gibraltar et des 280 000 habitants du Campo de Gibraltar, la province espagnole voisine, « mais tout spécialement des 15 000 transfrontaliers qui subissent au quotidien les aléas des contrôles », insiste l’Espagnol Manuel Triano, membre du syndicat Commissions ouvrières, proche du parti communiste, encore surpris d’avoir fait cause commune avec le représentant des patrons gibraltariens. « Nous avons choisi tous les deux d’être pragmatiques pour défendre l’espoir de construire une prospérité partagée, en mettant de côté tous les débats politiques. »
Or la question de la souveraineté du Rocher échauffe rapidement les esprits. Le territoire, passé à la couronne britannique lors du Traité d’Utrecht en 1713, est toujours formellement réclamé par l’Espagne. A Gibraltar, on sait que le moindre incident de voisinage sur les zones de pêche peut faire les gros titres et raviver les ferveurs nationalistes dans la presse de droite, à Londres comme à Madrid.
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« Le problème est que plus on s’éloigne d’ici, moins les gens comprennent ce qui s’y passe », constate le maire de La Linea, côté espagnol, Juan Franco. Dans sa localité, qui compte l’un des plus forts taux de chômage du pays, la proximité de Gibraltar, l’une des villes les plus prospères du monde, est une aubaine : « Nos économies sont interdépendantes. La Linea est devenue une ville de services pour Gibraltar. Si la frontière tombe, nous aurons un cadre juridique stable pour permettre l’installation des compagnies qui manquent de terrain du côté du Rocher. » A condition, glisse-t-il, qu’aucun retour de bâton patriotique ne vienne défaire les liens que l’on vient de resserrer.