"Une décision difficile à comprendre": pourquoi, contre toute attente, Moody's n'a pas dégradé la note de la France malgré le dérapage de ses finances publiques
Moody's est la seule agence de notation à avoir épargné la France en maintenant la note de la dette tricolore à Aa3. L'agence semble vouloir attendre l'issue des débats parlementaires sur le budget 2027 avant de sévir.
Personne ne l'avait vu venir. À la surprise générale, Moody's s'est abstenue vendredi de dégrader la note de la dette tricolore, la maintenant de fait à Aa3 ("dette de bonne qualité") avec perspective négative en dépit des déboires budgétaires de la France et de son instabilité politique. Moody's demeure ainsi la seule des trois principales agences à attribuer un "double A" à l'Hexagone, Fitch et S&P l'ayant déjà rétrogradé à A1 ("dette de qualité moyenne supérieure").
"Difficile à comprendre" Si l'agence américaine a de nouveau fait preuve de mansuétude envers la France malgré son déficit attendu à 5,4% du PIB cette année et sa dette de 119%, c'est parce qu'elle "part de l'hypothèse qu'un budget 2027 réduisant le déficit public sera adopté, tandis que (... ) les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois", a-t-elle indiqué. Un optimisme qui peine à convaincre les économistes: "La décision de Moody's est pour le moins difficile à comprendre", a commenté auprès de l'AFP Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, "et on finit presque par se demander ce qu'il lui faut pour dégrader la France".
Cela fait effectivement plusieurs fois que Moody's se montre indulgente avec Paris dont les finances publiques ne cessent pourtant de se dégrader. Or, "une notation souveraine doit refléter la qualité de crédit d'un emprunteur, pas lui accorder indéfiniment le bénéfice du doute", au risque de devoir ensuite procéder à "une dégradation brutale", rappelle Anthony Morlet-Lavidalie. Directeur des études économiques à l'école de commerce IÉSEG, Éric Dor assurait de son côté que même abaissée à A1 (équivalent pour Moody's de A+ chez ses pairs), "la note de la France serait encore surestimée par rapport à d'autres pays européens comme l'Espagne et le Portugal".
Et pour cause, Paris emprunte désormais à près de 5% à 10 ans, contre 4% pour Madrid et 3,9% pour Lisbonne. Nos voisins de la péninsule Ibérique n'ont pourtant plus de "double A". "Simplement un répit" Alors comment expliquer que Moody's ne s'aligne pas sur ses deux concurrentes?
"La seule différence entre Fitch, S&P et Moody's c'est que Moody's suppose que nous allons revenir sur un déficit budgétaire de 5%, que la trajectoire de la dette va s'assouplir et que les manifestations sociales vont se calmer", relève sur BFM Business Daniel Gerino, président de Carlton Sélection. "Moody's dit néanmoins que ce n'est pas une certitude mais une supposition. Elle laisse une chance au gouvernement de rattraper le coup.
" "On donne simplement un répit à la France", confirme Chritospher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM. Mais le pari est osé sachant que peu nombreux sont ceux qui croient en la capacité du gouvernement à faire voter un budget permettant de réduire significativement le déficit en 2027. C'est ce qui fait dire à certains observateurs que l'exécutif aurait pu passer un deal avec Moody's.
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- BFM Business26 oct., 12:05
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