Dominique de Villepin soutient la création d’un «grand fonds souverain» pour «capter l’épargne» des Français
L’abondante épargne privée qu’abrite l’Union européenne «ne s’investit pas suffisamment en Europe» et profite aux États-Unis, a déploré l’ancien premier ministre lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
Nous vivons désormais dans un monde dominé par la force brute ; l’Europe fait face à la prédation de grands empires, qu’ils soient chinois, russe ou américain. C’est le constat qu’a formulé ce jeudi 2 juillet, depuis les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, l’ancien premier ministre Dominique de Villepin. Alors que se joue actuellement une bataille sans merci pour la domination économique et technologique, l’Europe est-elle capable de faire le poids ?
«Il faut que nous acceptions de devenir enfin un peu protectionnistes», a-t-il martelé, avant d’évoquer une piste qui fait son chemin dans les milieux politiques et économiques : créer «un grand fonds de souveraineté et de solidarité en France» afin de «capter» l’abondante épargne dont dispose le pays et qui file trop souvent outre-Atlantique. Car l’urgence est là, insiste Dominique de Villepin, devant un parterre d’économistes, de chefs d’entreprise, d’hommes politiques et de journalistes, réunis pour la 26e édition de ce forum économique, qui se tient du jeudi 2 au samedi 4 juillet. Après un XXe siècle dominé par un ordre bipolaire, c’est désormais la «loi du désordre mondial» qui s’impose.
Avec l’émergence un phénomène nouveau : «Pour la première fois, nous voyons la fusion de l’État et du marché» qui débouche irrémédiablement sur des systèmes «oligarchiques», aussi bien «chinois que russe, qu’américain», remarque l’ancien premier ministre, citant par exemple les tentatives de Donald Trump de créer un «nationalisme de l’intelligence artificielle». Retrouver de la crédibilité Face à cela, l’Europe est-elle armée ? S’il veut «retrouver une crédibilité», il s’agit d’abord pour le Vieux Continent d’«assainir ses finances publiques».
Car dans la triple bataille - économique, technologique et énergétique - que se livrent aujourd’hui les grandes puissances, «nous avons des atouts importants, nous Français et nous Européens», estime Dominique de Villepin. À commencer par l’abondante épargne privée qu’abrite notre continent. «Il faut que nous soyons capables de mobiliser l’épargne de nos concitoyens», a-t-il insisté.
Cette épargne est en effet «considérable» : 35. 000 milliards d’euros à l’échelle de l’UE. «Malheureusement, elle ne s’investit pas suffisamment en Europe, elle s’investit beaucoup aux États-Unis», a-t-il déploré.
Comment la France et l’Europe peuvent-ils capter cette épargne ? «En se dotant des moyens indispensables», a-t-il poursuivi. «C’est pour cela que je plaide notamment pour un grand fonds de souveraineté et de solidarité en France, mais également pour un conseil de sécurité en Europe, qui pourrait avoir pour objectif d’affirmer le cap de la souveraineté européenne.
» Une piste également évoquée, dans le champ politique, par le président du Rassemblement national Jordan Bardella, et, dans le champ économique, par Michel-Édouard Leclerc, patron de la chaîne homonyme - alors même que la France abrite à elle seule un pactole de 6500 milliards d’euros d’épargne privée. Toutefois, si elle veut «retrouver une crédibilité» la France doit commencer par «assainir ses finances publiques», a insisté de Dominique de Villepin.