Un projet très controversé: l'Allemagne donne son accord pour que le français Framatome produise du combustible nucléaire... avec une entreprise d'Etat russe
ANF, une filiale de Framatome, avait demandé en mars 2022 l'autorisation de fabriquer des combustibles nucléaires de type russe, pour alimenter les centrales atomiques d'Europe centrale et de l'est, sur le site de Lingen

Les autorités allemandes ont donné leur feu vert. Le ministère de l'Environnement de la région allemande de Basse-Saxe (nord-ouest) a autorisé ANF, une filiale de l'entreprise française Framatome, à produire du combustible nucléaire en coopération avec le groupe étatique russe Rosatom, à l'usine de Lingen, dans le nord-ouest de l'Allemagne. Ce projet doit approvisionner des centrales nucléaires de conception soviétique ou russe, encore en fonctionnement en Europe centrale et de l'est et qui ont encore besoin de combustibles appropriés.
La production suppose la venue d'experts et d'équipements russes, nourrissant des craintes sur le plan de la sécurité nationale. Le ministère de l'Environnement de Basse-Saxe a souligné dans son communiqué que "si de nouveaux risques venaient à être identifiés", notamment "en matière de sécurité nationale", l'autorisation pourrait être réétudiée. Il souligne avoir à plusieurs reprises "émis des réserves" et que ce dossier était "particulier" car "l'État russe mène en Europe une guerre d'agression contraire au droit international et considère l'Union européenne, et l'Allemagne en particulier, comme des adversaires".
Mais il affirme aussi ne pas pouvoir du point de vue du droit bloquer le projet, jugeant qu'il faudrait "des sanctions à l'échelle de l'Union européenne visant également le secteur nucléaire" russe. Fortes pressions politiques Cette autorisation avait été demandée en mars 2022 et le dossier était bloqué depuis. Il faisait l'objet de très fortes pressions politiques, notamment de la part des Verts allemands.
Selon le média Politico, une nouvelle évaluation de sûreté — concernant notamment l'implication russe — a joué un rôle déterminant pour finaliser ce dossier, alors que les autorités de Basse-Saxe s'étaient auparavant montrées réticentes. Pendant des mois, Framatome — détenue par EDF — a pressé dans l'autre sens. Selon Politico, Emmanuel Macron a évoqué ce dossier avec Friedrich Merz.
"Les décisions relatives aux demandes d'autorisation sont prises dans le strict respect du droit", a réagi le ministère fédéral dans un communiqué. "Lorsque toutes les conditions requises sont réunies et que les risques identifiés peuvent être suffisamment maîtrisés grâce à des mesures adaptées et aux prescriptions imposées par les autorités, celles-ci sont tenues de délivrer l'autorisation", a-t-il poursuivi. Plusieurs recours en justice pourraient être déposés par des associations environnementales, selon des médias allemands.
La Russie est accusée par le gouvernement allemand de lui mener une "guerre hybride" impliquant espionnage, sabotage d'infrastructure et désinformation. Autoriser Moscou à s'impliquer dans un projet de combustible nucléaire en territoire allemand a soulevé dès lors de nombreuses critiques. ANF (Advanced Nuclear Fuels) avait demandé en mars 2022, juste après l'invasion russe de l'Ukraine, l'autorisation de produire à Lingen, avec Rosatom, des combustibles nucléaires de type russe compatibles avec les réacteurs des centrales d'Europe centrale et de l'Est, de conception soviétique ou russe.
Depuis l'invasion, les Européens ont adopté des sanctions contre la Russie sur les importations de pétrole et de gaz. Mais ils ont jusqu'ici toujours maintenu leur coopération avec la Russie dans le nucléaire civil, faute d'alternative. D'ex-pays de la sphère d'influence soviétique mais aussi la Finlande ont des centrales nucléaires conçues à l'époque de l'URSS, et ont encore besoin de combustibles appropriés.
En outre, la Russie, grâce à ses réserves et ses intérêts dans d'anciens pays soviétiques comme le Kazakhstan, contrôle aussi une large part de l'approvisionnement mondial en uranium. La France, via la filiale d'EDF Framatome, entretient également des liens avec Rosatom, et donc la Russie.