Kimi K3, la nouvelle IA chinoise qui bouscule les modèles américains
Avec ce nouveau modèle, la start-up chinoise Moonshot AI double le précédent champion chinois DeepSeek V4 Pro, et se hisse au niveau des IA américaines de pointe comme Fable 5 et GPT-5.6 Sol sur de nombreuses application
Nouvelle menace pour l’IA américaine. Le nouveau modèle d'intelligence artificielle (IA) Kimi K3 lancé vendredi par la start-up chinoise Moonshot AI a impressionné d'entrée par ses capacités proches de celles des IA américaines les plus avancées, certains aux États-Unis appelant à un sursaut. Depuis la sortie, en décembre 2024, du V1 du concurrent DeepSeek, les IA chinoises bousculent régulièrement le secteur avec leurs modèles systématiquement ouverts (téléchargeables et modifiables) et gratuits.
Ils remettent partiellement en cause les fondamentaux économiques de l'intelligence artificielle tels que posés par les grands acteurs occidentaux, avec modèles payants et fermés, c'est-à-dire uniquement utilisables et pas malléables. Avec Kimi K3, un nouveau palier a été franchi, ne serait-ce que par la taille. Il a été construit avec 2800 milliards de variables (critères modifiables), soit quasiment le double du dernier modèle chinois le plus puissant (1600 pour DeepSeek V4 Pro sorti en avril).
«Fixer la limite haute» Moonshot AI se targue ainsi de «fixer la limite haute de la taille des modèles ouverts». Mais ce sont surtout les performances de Kimi K3 qui ont surpris. L'époque est à la comparaison des modèles selon une foule de paramètres et de tâches données.
À ce petit jeu, Kimi K3 talonne les bolides Fable 5 d'Anthropic et GPT-5. 6 Sol d'OpenAI dans nombre de catégories. Dans certains classements, l'interface de Moonshot AI arrive même en tête, notamment pour la programmation d'applications ou de sites, selon la hiérarchie établie par la plateforme de référence Arena AI (anciennement LMArena).
Or la génération de code informatique est, de très loin, la principale application de l'IA générative actuellement, un marché actuellement dominé par Anthropic et sur lequel OpenAI s'implante à vitesse accélérée. «Cela va changer fondamentalement la course à l'IA pour toujours», a réagi, sur X, Alex Finn, patron de la plateforme d'agents IA Henry Intelligent Machines PBC. «C’est inquiétant», a surenchéri David Sacks, référent IA de la Maison Blanche jusqu’en mars et toujours conseiller de Donald Trump.
L’entrepreneur voit dans cette nouvelle percée une victoire chinoise dans la lutte sans merci qui oppose la République populaire aux États-Unis. Pendant que la Chine accélère encore, «les États-Unis se font des nœuds au cerveau», reproche David Sacks. «Politiciens et bureaucrates interdisent les centres de données, empilent les régulations au niveau des États, et poussent à ce que de nouvelles agences fédérales aient le pouvoir d’autoriser les modèles les plus avancés.
» «Pas rester immobiles» Le quinquagénaire fait référence au mouvement de protestation contre l'implantation de nouveaux centres de données, ainsi qu'au revirement du gouvernement Trump, qui souhaite désormais tester les IA les plus sophistiquées avant leur mise sur le marché. Pour Dean Ball, également ancien conseiller de la Maison Blanche sur l'IA, voir le système chinois s'imposer reviendrait à ce que l'intelligence artificielle devienne un «bien public» et plus un produit, ce qui freinerait le progrès et les investissements car les acteurs privés seraient dissuadés de s'impliquer. «Je ne dirais pas que (les Américains) doivent s'inquiéter, mais ils ne peuvent pas rester immobiles non plus», a commenté Hussein Abbass, professeur d'informatique à l'université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) à Canberra (Australie).
Déjà très suivis et de plus en plus utilisés à l'Ouest, les modèles chinois ont enregistré, ces derniers mois, un regain d'intérêt du fait de leur coût plus faible, en moyenne, que celui des modèles de pointe américains, à l'heure où le prix de l'IA explose. L'émergence des agents IA, des interfaces susceptibles d'effectuer, sur simple demande en langage courant, une série de tâches, voire de s'auto-évaluer puis de se corriger, a démultiplié les besoins en puissance de calcul et fait gonfler la facture d'un projet donné. Certains, dont Gavin Baker, de la société d'investissement Atreides Management, ont relativisé l'impact de Kimi K3 en soulignant que les premiers tests le montraient gros consommateur de puissance de calcul et donc relativement onéreux pour un modèle ouvert.
Pour le patron d'Arena AI, Anastasios Angelopoulos, l'envolée des capacités des modèles, des deux côtés de la planète, va entraîner un durcissement géopolitique. Il pourrait se traduire par des restrictions chinoises sur l'exportation de ses modèles nationaux ou par la limitation par les États-Unis de l'utilisation d'IA chinoises sur leur territoire, a-t-il expliqué lors d'une interview au podcast «TITV». «La concurrence devient telle entre Chine et États-Unis», a-t-il dit, «que cela présente des risques de plus en plus élevés.