"Je suis atterré", "le cynisme dépasse la décence": alors que Carrefour, Leclerc et leurs concurrents menacent de boycotter une réunion à Bercy, les agriculteurs et industriels leur tombent dessus
La grande distribution a notamment réclamé davantage de transparence dans les hausses de prix réclamées par les industriels. Sans quoi elle boycottera une réunion de préparation des négociations commerciales mercredi…
Avant même l'ouverture des négociations commerciales prévues le 1er décembre, les tensions sont déjà vives entre les différents acteurs. Dans un communiqué publié ce vendredi, la Coopérative agricole a répondu à la grande distribution qui menace de boycotter une réunion organisée mercredi à Bercy pour préparer cette période de discussions tarifaires annuelles. "Je suis atterré de constater qu’une fois encore, le rapport de force semble être dans l’ADN de la grande distribution", a déclaré Jean-Luc Duval, président de la Coopérative agricole, qui défend les intérêts des coopératives agricoles françaises.
La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) qui représente les distributeurs a indiqué plus tôt dans la journée qu'elle ne "participera pas" mercredi au "comité de préparation des négociations commerciales "tant que deux exigences fondamentales n'auront pas été reconnues et partagées par tous: "la transparence" sur les coûts de la matière première agricole et un traitement différencié pour les PME. "Une PME fragilisée ne peut être traitée comme un groupe industriel mondial affichant près de 50% de marge brute, une marge nette supérieure à 10%", a notamment clamé la FCD, précisant que ces deux exigences sont "non négociables" et à valider "avant le 28 octobre". "L’heure est grave" Si les distributeurs réclament ces deux mesures, c'est qu'ils craignent que les industriels profitent du regain de l'inflation pour exiger des hausses de prix non justifiées dans un contexte délicat pour le commerce et le pouvoir d'achat des consommateurs.
"L'heure est grave", a déclaré la FCD, rappelant que "des commerces ont été pillés et saccagés" le 17 octobre et que "d'autres mobilisations s'annoncent", dans un contexte difficile pour les éleveurs, "fragilisés" notamment par les canicules et la sécheresse de l'été, et de "vie chère" pour les Français. "L’heure est grave, oui, pour les agriculteurs et leurs coopératives, qui essuient encore les conséquences du choc climatique de cet été et du nouveau choc énergétique lié à la crise du détroit d’Ormuz. Mais l’heure n’est pas à la fracture : elle est à la responsabilité.
Et la responsabilité commence par s’asseoir autour de la table", a rétorqué Jean-Luc Duval. Et ce dernier de rappeler qu'"après cinq années de crises, les coopératives ont énormément absorbé (la hausse des coûts, NDLR). Lors des dernières négociations, +3,5% (de hausse de prix) étaient demandés en moyenne pour un atterrissage à +0,05%".
La grande distribution doit prendre "sa part de l'effort" Selon le président de la Coopérative agricole, 91% des coopératives interrogées disent aujourd'hui constater "un impact direct des conditions climatiques de cet été sur leur activité", si bien que "le choc agricole est bien devenu industriel". Dans ces conditions, il assure que "quelques centimes (de hausses) peuvent aujourd'hui préserver une filière, une usine, des emplois et les débouchés de milliers d'agriculteurs". Sachant que "la meilleure manière de protéger durablement le pouvoir d’achat, c’est d’abord de préserver notre capacité à produire et à nourrir les Français".
