Forêt amazonienne, capteurs, 1,5 milliard de pixels... À quoi ressemble Dataland, le premier musée d’art généré par l’IA ?
Ce samedi, Los Angeles inaugure Dataland, présenté comme le premier musée au monde consacré à l’art généré par intelligence artificielle. Modèle d’IA maison, énergie «décarbonée», parcours sensoriel... Tour d’horizon d’u

L’art généré par les machines a désormais son musée. Ce samedi 20 juin, Los Angeles inaugure Dataland, présenté comme le premier au monde entièrement consacré aux œuvres produites par l’intelligence artificielle (IA). Le lieu est situé au cœur du centre-ville, dans le complexe Grand LA signé Frank Gehry, face au Walt Disney Concert Hall.
Derrière le projet, l’artiste turco-américain Refik Anadol et son associée Efsun Erkiliç, qui veulent démontrer que la machine peut être une alliée plutôt qu’une menace. «Le système, c’est l’œuvre», résume Anadol au Los Angeles Times . Sur place, l’artiste n’est pas un total inconnu.
En 2018, il avait habillé de projections les parois du Disney Hall ; en 2022, son installation dans le hall du MoMA de New York l’avait imposé comme une star de l’art numérique. Étalé sur 2300 m² et cinq galeries, complétés par près de 1000 m² de serveurs, Dataland en est l’aboutissement. L’idée lui est venue lors d’un voyage en Amazonie.
Une forêt que chacun devrait découvrir, estime-t-il. Seulement, le tourisme de masse risquerait de l’endommager. D’où la question qu’il pose à l’AFP : «La forêt tropicale peut-elle venir à nous ?
» Une expérience pilotée par les données du visiteur Le parcours mêle image, son et parfum. À l’entrée, chaque visiteur reçoit un boîtier porté au poignet, semblable à une montre connectée, qui mesure son rythme cardiaque, ses émotions et sa température. Ces données orientent ensuite les visuels, qui varient selon le public, détaille Forbes .
Des capteurs fixés aux murs suivent aussi ses déplacements. La salle principale mobilise 84 projecteurs et 1,5 milliard de pixels, et le son est diffusé par quelque 250 haut-parleurs. Des parfums, conçus avec L’Oréal Luxe, accompagnent la visite.
Au total, dix millions de lignes de code animent l’ensemble. Tout repose sur un modèle développé par le studio, le «Large Nature Model». À la différence des IA comme ChatGPT, entraînées sur du texte, celle-ci a été nourrie exclusivement d’images et de données du monde naturel : plus de 500 millions d’images représentant 2,2 millions d’espèces, fournies par la Smithsonian Institution, le Muséum d’histoire naturelle de Londres, le Laboratoire d’ornithologie de Cornell, iNaturalist et Getty, selon le Los Angeles Times.
Le studio dit aussi avoir mené ses propres expéditions dans seize forêts tropicales. Parmi les 50 millions de chants d’oiseaux archivés figure l’enregistrement, daté de 1987, du dernier cri connu d’un Moho de Kauai, espèce hawaïenne éteinte. Une promesse écologique Le modèle tourne sur des serveurs Google installés en Oregon, alimentés à 87% par des énergies décarbonées, selon la presse locale.
L’essentiel de la consommation d’électricité est lié à l’entraînement. Mais une fois le musée ouvert, les calculs tournent à une vitesse volontairement réduite pour rester neutres en carbone. L’énergie d’une visite équivaudrait ainsi à une seule charge de smartphone.
Le projet ne fait pourtant pas l’unanimité. Et la controverse précède même Dataland. Dès 2022, le critique Jerry Saltz avait étrillé l’installation d’Anadol au MoMA, «Unsupervised», qu’il avait qualifiée dans Vulture d’«économiseur d’écran à un demi-million de dollars».
Le procès ne s’était pas arrêté là : l’écrivain Ted Chiang jugeait, dans le New Yorker , qu’une IA générative ne pourrait jamais accomplir une œuvre d’art. Quand d’autres dénonçaient les biais de ces modèles, à l’image de l’artiste Nettrice Gaskins, qui estimait alors qu’ils renforçaient les stéréotypes. À ces critiques, Anadol répond qu’il peut justifier l’origine de chacune de ses données.
Reste que l’expérience Dataland, elle, ne laisserait aucune trace numérique : le modèle génère les visuels à partir des données du visiteur, puis les efface. Il n’en reste que quelques objets : chocolats aux saveurs générées par l’IA, tee-shirts et tableaux imprimés en fin de parcours. «Le système vous oublie ; c’est là toute sa beauté», conclut Refik Anadol auprès de l’AFP.
L’exposition inaugurale, «Machine Dreams : Rainforest», est annoncée jusqu’au 31 janvier 2027.