« On demande juste de ne pas perdre trop d’argent » : pourquoi la revalorisation des salaires des fonctionnaires vire au crash
Le gouvernement a présenté ce mercredi son plan d’action sur les salaires de la fonction publique. Des mesures peu convaincantes pour les organisations syndicales, qui regrettent le manque de négociation dans cette conce

Le grand rendez-vous salarial de la fonction publique a fait pschitt. Dès la mi-journée ce mercredi 8 juillet, les organisations syndicales ont claqué la porte des discussions, faute de propositions convaincantes. David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, avait pourtant annoncé la couleur d’emblée : pas de coup de pouce généralisé sur le point d’indice, le « contexte budgétaire étant particulièrement contraint ». Il faut dire que, selon les chiffres présentés aux syndicats, une hausse d’1 % du point d’indice coûterait près de 2,4 milliards d’euros !
Sauf que depuis 2022, ce point d’indice n’a été revalorisé qu’à deux reprises : + 3,5 % en juillet 2022, + 1,5 % en juillet 2023 – tout cela dans un contexte de très forte inflation qui a grignoté le pouvoir d’achat de nombre d’agents. Puis plus rien en 2025 et 2026. « Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, le décrochage du pouvoir d’achat atteint ainsi les 10 %, selon Luc Farré, secrétaire général de l’UNSA Fonction publique. Les agents publics financent la dette du pays. Car c’est bien sur nos salaires que le gouvernement fait des économies. »
Même sort pour la prime Gipa : « Nous avons demandé son retour. Mais c’est une fin de non-recevoir », ajoute Luc Farré, estimant que ce rendez-vous salarial n’est « pas une négociation » et que « tout cela se décidera de manière unilatérale au sein du gouvernement ».
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« Valoriser l’expérience et la traduire sur la rémunération »
Le gouvernement n’était pourtant pas venu à ce rendez-vous salarial les mains vides. Loin de là. Le ministre a notamment annoncé vouloir entamer une réforme des règles de classement pour mieux valoriser l’expérience professionnelle acquise à l’entrée dans un nouveau corps. Concrètement, un agent qui change de catégorie pourrait être classé à un échelon plus favorable, avec à la clé jusqu’à 75 points d’indice supplémentaires selon les cas.
« L’idée, c’est de valoriser l’expérience passée et de la traduire en termes de rémunération », précise l’entourage du ministre, qui reconnaît que « la progression de carrière et l’expérience ne paient plus », ce qui est un facteur de « malaise » chez les agents. La mesure doit entrer en vigueur dès 2027 et bénéficier à plus de 30 000 agents de l’Etat chaque année.
Dans la même veine, le gouvernement souhaite poursuivre la hausse des taux de promotion interne, étendue aux corps de catégorie A, notamment les ingénieurs de l’Etat. Avec un chantier ouvert à l’automne 2026 sur les quotas de promotion interne pour fluidifier les passages de catégorie C vers B, et de B vers A.
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Sur le tassement des grilles salariales, provoqué par les hausses successives du Smic, un « travail pluriannuel » est promis, avec à la clé une possible injection de points d’indice pour réduire le nombre d’agents proches des bas de grille et dépendant de l’indemnité différentielle – dispositif qui vise à garantir aux agents publics une rémunération au moins égale au montant du Smic. « Cela concerne au moins 900 000 personnes, potentiellement plus en fonction des travaux à venir », indique le ministère auprès de Challenges. Et de prévenir que « tout le rattrapage ne pourra pas se faire en un an. »
Des mesures qui concerneraient peu d'agents de la fonction publique
Des initiatives très insuffisantes pour les syndicats : « Cela ne concernerait qu'[une minorité] des 5,8 millions d'agents publics », estime l’UNSA. Une goutte d’eau dans l’océan donc, alors la fonction publique boit la tasse. « Les rémunérations n’encouragent pas les jeunes à se diriger vers des carrières de la fonction publique » et incitent même « un certain nombre d’agents à envisager de quitter la fonction », assure l’UNSA. A tel point que d’ici à 2030, un tiers des agents pourraient déserter.
« Aujourd’hui on dit merci aux pompiers, aux policiers, aux enseignants. Et c’est bien normal ! Mais le meilleur des remerciements, c’est aussi de les reconnaître financièrement. On ne demande pas à être riches, juste de ne pas perdre trop d’argent », plaide Luc Farré.
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Face à ce qu’ils jugent être un simple exercice d’affichage, les huit organisations syndicales ont renouvelé leur appel à la mobilisation générale le 29 septembre prochain. Rien de gravé dans le marbre, cependant. « Si le gouvernement, fin août, accepte de revaloriser le point d’indice de 2 %, alors on pourra retirer notre appel. Mais on n’en est pas là, manifestement. » Rendez-vous à la fin de l’été.