Un abaissement de la note de Moody’s paraît « très crédible » : pourquoi l’agence de notation pourrait sanctionner la France sur sa dette ce vendredi
Moody’s doit actualiser ce vendredi 23 octobre sa note pour la dette française. Alors que les finances publiques se sont encore dégradées et que le mécontentement social menace de s’installer dans la durée, tout porte…
L’annonce n’interviendra que dans la soirée, mais les experts ne semblent pas très optimistes. Moody’s doit actualiser ce vendredi 23 octobre sa note pour la France. L’agence de notation l’établit actuellement à « Aa3 avec perspective négative », c’est-à-dire qu’elle considère la qualité de la dette française comme « bonne » mais avec un risque de dégradation. Cependant, alors que les finances publiques se sont encore détériorées, les économistes voient peu de raisons pour que l’agence américaine ne l’abaisse pas.
Cela fait déjà plus d’un an que les agences de notation Fitch et S&P classent la dette française un cran en dessous, à A + (qualité moyenne supérieure) avec perspective stable. Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l’école de commerce IESEG, il est « très plausible » que Moody’s abaisse à son tour la note française, pour la faire descendre à A1 dans son classement – ce qui est l’équivalent de A + chez Fitch et S&P – au vu des commentaires précédemment émis par cette agence de notation.
En abaissant la perspective de la note française à négative le 24 octobre 2025, Moody’s avait expliqué ce qui pourrait la conduire à diminuer à l’avenir la note elle-même : « de nouvelles preuves démontrant que la capacité des institutions législatives à relever efficacement les principaux défis de crédit du pays s’est durablement affaiblie », « des difficultés persistantes à réduire sensiblement le déficit budgétaire » ou encore « une pause durable ou une inversion » de la réforme des retraites.
Crise brutale, taux d’intérêt étouffants… Comment peut se finir la crise de la dette publique en France ?
Ces conditions d’un abaissement de la note semblaient déjà réunies le 10 avril dernier, date de la dernière actualisation de Moody’s, notamment avec la suspension de la réforme des retraites. Mais l’agence américaine avait toutefois maintenu sa note, évoquant un déficit public à 5,1 % du PIB en 2025 « plus faible que notre prévision », qui rendait « l’objectif de 5 % en 2026 plus atteignable ». L’agence espérait alors pour 2026 une croissance de 1 % en France et une inflation de 1,4 %.
Finalement, le déficit public devrait atteindre 5,4 % du produit intérieur brut (PIB) cette année, l’inflation a grimpé à 3,1 % sur un an en septembre et la prévision de croissance pour 2026 a été sévèrement revue en baisse par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), à 0,4 %, après un premier semestre proche de la récession. « À rebours de ses voisins, l’économie française a décroché » en début d’année, a observé l’Insee.
Le compromis budgétaire encore plus ardu cette année
À tout cela s’ajoute une situation budgétaire de nouveau très compliquée où, à six mois de l’élection présidentielle, un compromis avec l’opposition semble encore plus difficile à trouver que lors des deux années précédentes. Comme en témoignent les milliards d’euros d’économies déjà remis en cause par les députés lors de l’examen du projet de budget de l’État pour 2027.
