Présidentielle au Brésil : L’économie a besoin d’une réforme en profondeur, et ni Lula ni Bolsonaro n’ont de quoi y répondre
La dette publique brésilienne se creuse inexorablement, entre autres à cause d’un mécanisme constitutionnel singulier de « cliquet ». Alors que Lula et Flavio Bolsonaro s’affrontent au second tour de la présidentielle…
Les démocrates du monde entier ont frémi après le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne. Flavio Bolsonaro, fils d’un ancien président comploteur de coup d’État, a battu de manière inattendue le président sortant, Luiz Inácio Lula da Silva. Il semble en passe de remporter le second tour ce dimanche contre Lula, comme on surnomme cette icône de gauche âgée de 80 ans. Les capitalistes, eux aussi, ont tremblé - mais d’excitation. L’indice boursier de São Paulo a bondi de près de 8 % le lendemain, le réal (la monnaie brésilienne) s’est raffermi et les rendements des obligations d’État ont baissé.
Ce fut un verdict sans appel sur la gestion économique de Lula. La croissance du PIB a dépassé les prévisions (moroses), le chômage est faible et l’inflation est restée proche de la fourchette de 1,5 à 4,5 % visée par la Banque centrale du Brésil (BCB). Mais son laxisme budgétaire et sa rhétorique hostile aux entreprises effraient les marchés. L’excédent budgétaire « primaire » (c’est-à-dire avant paiement des intérêts) dont il a hérité s’est transformé en déficit, et le FMI prévoit que la dette publique atteindra 97 % du PIB cette année, contre 84 % en 2022. « Il faut mettre un terme à toutes ces absurdités qui consistent à dégager un excédent et à maintenir la discipline budgétaire », a-t-il récemment affirmé.
Flavio Bolsonaro, en revanche, s’inspire de Javier Milei, le président argentin armé d’une tronçonneuse dont les réformes libérales ont connu un certain succès (et causé beaucoup de souffrances). Le Brésilien aussi utilise un outil tranchant - une paire de ciseaux géants - comme accessoire de campagne, s’engageant à réduire les impôts, la bureaucratie et la corruption. Ses idées économiques restent toutefois floues. Pour financer les baisses d’impôts qu’il propose et les 900 milliards de réals (161 milliards d’euros, soit 6,6 % du PIB) de dépenses d’infrastructures sur quatre ans, il souhaite réduire le nombre de ministères, numériser l’administration publique et vendre des bâtiments fédéraux.
Se poser en rempart anti-Trump n’aura pas suffi : pourquoi Lula se retrouve en difficulté face au fils Bolsonaro après le premier tour de la présidentielle au Brésil
Cela semble peu plausible : il aurait de la chance si ces mesures lui permettaient de réaliser ne serait-ce que la moitié des économies promises. Ce plan est également insuffisant pour relever le défi. Il faudrait une véritable fougue à la Milei pour venir à bout des difficultés économiques du Brésil. Celles-ci sont causées par un mélange complexe de dépenses publiques élevées, d’inflation tenace et de faible épargne. Il en résulte un coût du capital paralysant. Certains analystes estiment le taux d’intérêt réel du Brésil - c’est-à-dire le taux directeur de la BCB ajusté en fonction de l’inflation prévue pour l’année prochaine - à 9 % ou plus. Ce niveau est supérieur à celui de la Russie et quatre fois supérieur à celui de pays comparables en situation stable, comme le Chili, les Philippines ou l’Afrique du Sud.
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- Challenges25 oct., 15:00
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