L’Afrique centrale entre dans un nouveau cycle de développement
Pendant longtemps, l'Afrique centrale a été perçue comme une région dont la croissance reposait essentiellement sur l'exploitation des ressources naturelles. Si le pétrole, le gaz, le bois ou les minerais demeurent des p

La CEMAC dispose désormais des principaux ingrédients nécessaires à une économie moderne : une banque centrale crédible, un marché des titres publics en pleine structuration, une bourse régionale, un secteur bancaire en consolidation et des investisseurs institutionnels (compagnies d'assurance, caisses de retraite et fonds d'investissement) dont les capacités financières augmentent régulièrement. Cette architecture reste perfectible, mais elle marque une rupture avec une époque où le financement du développement dépendait presque exclusivement des bailleurs internationaux.
L'enjeu des prochaines années ne sera donc plus seulement de produire davantage de richesse, mais surtout de mieux mobiliser l'épargne africaine pour financer les infrastructures, les entreprises et l'innovation.
Les places boursières africaines changent d'échelle
Le développement des marchés financiers africains constitue probablement l'une des mutations les plus importantes de cette dernière décennie. L'idée selon laquelle les bourses africaines seraient marginales ne correspond plus à la réalité.
En Afrique centrale, la Bourse des Valeurs Mobilières de l'Afrique Centrale (BVMAC), basée à Douala, poursuit sa montée en puissance. Le marché obligataire représente désormais près de 1 400 milliards de FCFA d'encours, tandis que la capitalisation globale dépasse 1 700 milliards de FCFA, même si le segment actions demeure encore relativement étroit avec un nombre limité de sociétés cotées. Les progrès réalisés concernent surtout le financement des États et l'amélioration progressive des infrastructures de marché.
Cette dynamique s'observe également ailleurs sur le continent. La Bourse du Ghana (Ghana Stock Exchange) s'est imposée comme l'une des places les plus dynamiques d'Afrique anglophone, portée par la croissance des secteurs bancaire, télécoms et minier. La Nigerian Exchange (NGX) demeure, quant à elle, l'une des plus importantes du continent en nombre de sociétés cotées et en profondeur de marché, bénéficiant d'une économie de plus de 220 millions d'habitants. Plus au sud, la Bourse de Namibie
(Namibian Stock Exchange), bien que de taille plus modeste, affiche une capitalisation élevée relativement à la taille de son économie grâce à plusieurs grandes entreprises régionales. Ces marchés gagnent progressivement en liquidité, attirent davantage d'investisseurs institutionnels africains et internationaux et deviennent des alternatives crédibles au financement bancaire traditionnel.
La tendance est claire : les entreprises africaines commencent à considérer les marchés financiers non plus comme une vitrine institutionnelle, mais comme un véritable levier de croissance. Cette évolution devrait s'accélérer avec l'harmonisation réglementaire, la digitalisation des opérations boursières et la montée en puissance des investisseurs locaux.
Le marché des obligations d'État devient un pilier du financement africain
C’est l’autre grande révolution financière du continent : depuis une quinzaine d'années, la plupart des États africains ont développé des marchés domestiques de la dette libellée en monnaie locale. Cette évolution réduit progressivement la dépendance vis-à-vis des emprunts extérieurs en devises, dont le coût est devenu particulièrement élevé dans un contexte mondial de remontée des taux d'intérêt.
En zone CEMAC, le marché des valeurs du Trésor organisé sous l'égide de la BEAC est désormais devenu un instrument central de financement budgétaire. Les émissions régulières de Bons et Obligations Assimilables du Trésor permettent aux États de lisser leurs besoins de trésorerie tout en offrant aux banques, compagnies d'assurance et investisseurs institutionnels des actifs de référence relativement sûrs.
À l'échelle continentale, les chiffres témoignent d'un changement profond : selon l'OCDE, les émissions annuelles d'obligations souveraines africaines sont passées d'environ 70 milliards de dollars en 2007 à près de 350 milliards de dollars en 2024, tandis que l'encours total des obligations publiques a atteint environ 730 milliards de dollars. Cette progression traduit une sophistication croissante des systèmes financiers africains, même si la liquidité secondaire demeure encore insuffisante dans de nombreux pays.
Le véritable défi réside désormais dans la diversification de la base des investisseurs. Le développement des fonds de pension, de l'assurance-vie et de la gestion d'actifs permettra progressivement de réduire le poids des banques commerciales dans le financement des États et d'améliorer la profondeur des marchés obligataires.
L'immobilier africain, un puissant moteur des marchés financiers
Parallèlement, l'immobilier connaît une expansion remarquable dans la plupart des grandes métropoles africaines. Douala, Yaoundé, Libreville, Brazzaville, Pointe-Noire, N'Djamena, Accra, Lagos, Abidjan ou Kigali connaissent une urbanisation rapide portée par une démographie dynamique, l'émergence d'une classe moyenne et une demande croissante en logements, bureaux, centres commerciaux et infrastructures logistiques. Cette dynamique transforme progressivement la finance africaine. Les projets immobiliers nécessitent des financements de long terme, difficilement compatibles avec les ressources de court terme des banques commerciales. Ils favorisent donc le développement de nouveaux instruments : obligations d'infrastructure, émissions obligataires d'entreprises, fonds immobiliers, véhicules d'investissement collectif et, à terme, sociétés foncières cotées de type REIT (Real Estate Investment Trust).
En Afrique centrale, cette évolution pourrait constituer un accélérateur majeur pour la BVMAC. La cotation progressive de promoteurs immobiliers, de sociétés foncières ou de fonds spécialisés contribuerait à accroître la profondeur du marché tout en offrant aux investisseurs institutionnels des actifs diversifiés. Plus largement, un marché immobilier mieux financé stimule les secteurs du bâtiment, des matériaux de construction, des services financiers et des infrastructures, créant ainsi un cercle vertueux entre économie réelle et marchés de capitaux.