« La France paie pour les autres » : vers la fin du gouffre de 11 milliards d’euros pour les caisses de l’assurance-chômage ?
11,2 milliards d’euros. C’est ce qu’a coûté à la France, depuis 2011, l’indemnisation chômage des travailleurs frontaliers, venus pour la plupart de Suisse. Une anomalie que l’Union européenne espère corriger dans les pr

Un problème « européen qui n’est pas normal ». Invité par la Radio télévision suisse (RTS) le 9 juin dernier à s’exprimer sur le nouveau règlement européen relatif aux conditions d’indemnisation des travailleurs transfrontaliers, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou n’a pas mâché ses mots. Pour mémoire, un frontalier cotise actuellement dans l’Etat où il travaille, mais c’est son pays de résidence qui l’indemnise en cas de perte d’emploi. Autrement dit, un salarié français licencié de son poste en Suisse est pris en charge par la France, alors même qu’il a alimenté les caisses helvétiques. « Ça, franchement, c’est curieux ! », a ainsi lancé le ministre. Car cette « situation anormale représente un déséquilibre très important » pour les finances de l’Unédic, déjà fragilisées par les prélèvements à répétition du gouvernement.
L’Etat qui encaisse les cotisations est bien tenu de rembourser l’équivalent de trois mois d’allocations au pays de résidence, et cinq mois au maximum si le demandeur d’emploi a travaillé douze mois au cours des deux dernières années. Mais dans les faits, la durée d’indemnisation des allocataires frontaliers résidant en France dépasse largement les cinq mois maximum remboursés par le pays d’emploi.
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11,2 milliards d’euros versés aux chômeurs français ayant travaillé en Suisse
Pire encore, l’indemnisation est calculée sur le salaire du pays de travail. Or, les deux tiers des allocataires transfrontaliers venant de Suisse (63 %), où les salaires sont nettement plus élevés, la facture grimpe très vite. A tel point que, depuis 2011, les dépenses d’allocations-chômage pour les travailleurs frontaliers ont atteint 11,2 milliards d’euros cumulés à fin 2023. Sur la même période, les remboursements des pays d’emploi n’atteignent que 2,2 milliards d’euros, selon l’Unédic. Un déficit annuel de « 860 millions par an » pour les caisses françaises que Jean-Pierre Farandou souhaite donc combler de toute urgence.
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Le ministre du Travail n’est d’ailleurs pas le seul à s’inquiéter de la situation. En février dernier, la sénatrice LR Frédérique Puissat a mis le sujet sur la table lors de l’audition du patron de France Travail Thibaut Guilluy, en le questionnant sur une possible révision de cet accord. La réponse a le mérite de la franchise : « Si on se dit concrètement les choses, la France paie pour les autres », a ainsi reconnu le directeur général de l’ex-Pôle emploi.
La révision des règles d’indemnisation chômage examinée « en septembre » au Parlement
Mais peut-être plus pour longtemps ? En avril dernier, 21 des 27 Etats membres se sont dits favorables à ce que ce soit désormais le pays du dernier emploi, et non plus celui de résidence, qui verse les allocations-chômage. Reste que le Parlement européen doit encore valider cette réforme. Le texte sera examiné « au mois de septembre », selon le calendrier du ministre. L’Union européenne devra ensuite négocier avec la Suisse pour y faire appliquer un règlement dont elle n’est officiellement pas signataire.
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Le ministre français se montre confiant, considérant la Suisse comme « si c’était un pays de l’Union européenne, sans être administrativement dans l’UE », et qui « peut y trouver certains avantages, notamment au plan économique et commercial ». Pourtant, le bras de fer s’annonce rude. Berne n’a en effet aucune raison de se précipiter : si la Suisse doit désormais indemniser elle-même les chômeurs français ayant travaillé sur son sol, la facture sera très lourde : entre 600 et 900 millions de francs suisses, selon le Secrétariat d’Etat à l’économie de nos voisins.
Cet article a été publié pour la première fois le 16 février 2026. Il vous est reproposé ce 29 juin 2026 mis à jour pour tenir compte de l’actualité.